Pour éviter qu’EVM ne devienne

l’École en Voie d’être Malmenée, Manipulée, Marchandisée

 

Intervention de l’ASPICS aux Assises du Parti Socialiste Vaudois
du 3 février 2001 sur EVM

 

 

Mesdames, Messieurs,

 

Merci de votre invitation.

 

Comment expliquer le parallélisme frappant entre le vocabulaire utilisé dans le management des entreprises privées et celui de la pédagogie dite moderne, en particulier le discours sur les « compétences » que reprend le Plan d’études vaudois 2000 ?

 

Ne faut-il pas prendre au sérieux les études[1] sur les manœuvres de ces « nouveaux maîtres de l’école » qui veulent plier l’école à leurs propres calculs et ambitions, en normalisant l’enfant aux « compétences » économiquement et politiquement ‘correctes’.

 

Démolir la figure symbolique du maître et de sa parole au nom de prétendues découvertes scientifiques en pédagogie, pour la remplacer par celle de « l’animateur » utilisant des machines, n’est-ce pas justifier sans appel la suppression de l’actuel statut juridique et salarial des enseignants ?

 

Que doit être l’École et à quoi doit-elle servir ?

 

Ne faut-il pas rappeler avec force que l’École est une institution et qu’à ce titre, elle n’appartient à personne ni à aucun groupe social en particulier, y compris les parents ? Ne faut-il pas rappeler qu’elle doit servir à une seule chose : offrir gratuitement la possibilité à chaque enfant, quelle que soit son origine, de s’approprier ce legs des générations antérieures que sont les connaissances et la culture ?

 

Comment garantir la mission démocratique de l’École et le respect des élèves ?

 

Sinon en combattant la prétention, aussi illusoire que dangereuse, d’une école chargée « d’éduquer », au sens d’uniformiser, de normaliser, de ‘formater’.

 

Quelle sera la conséquence principale de l’introduction à l’École des nouvelles méthodes d’évaluation importées des entreprises ?

 

Ce sera la sélection – indiscutable parce que subjective ou, pire, morale – basée sur les comportements d’un enfant, à la place d’une orientation réversible basée sur les résultats d’un élève – toujours discutables parce que vérifiables. Ne risque-t-on pas de voir monter la violence des parents, mais aussi des élèves, contre les enseignants eux-mêmes, qui auront été empêchés de fonder et communiquer objectivement leurs appréciations.

 

Nous pensons que les promoteurs des pédagogies dites nouvelles sont pour la plupart de bonne foi. Mais, dans cette affaire, s’agit-il de croire ou de constater ?

 

En conclusion, j’aimerais vous soumettre des propositions très concrètes qui découlent de notre vision de l’École et de sa mission.

 

·      Pourquoi ne pas supprimer purement et simplement la ‘page de gauche’, mais aussi tout autre instrument de manipulation comme « l’auto-évaluation » ?

 

·      Pour juger l’élève sur la progression de son travail, mais aussi pour lui permettre d’exprimer ses préférences grâce à la compensation de ses branches faibles par ses branches de prédilection, et pour maintenir ainsi des exigences élevées en matière de programmes quelles que soient l’origine et l’orientation des élèves, pourquoi ne pas en revenir au moins mauvais des systèmes : les notes et, surtout, les moyennes, sous la forme, par exemple, de ‘score’ à atteindre, comptabilisant le ‘juste’ et non le ‘faux’, afin de ne pas retomber dans les vices de l’ancien système ?

 

·      Pourquoi ne pas obliger la HEP à rompre avec la ‘pensée unique’ et à former les futurs enseignants à l’analyse critique des différents courants de la pédagogie, à leur laisser ensuite le choix des méthodes à appliquer en fonction des réalités du terrain (de leurs classes), couplées aux exigences intrinsèques de chacune des disciplines à enseigner, le seul critère de choix devant être, ici encore, l’acquisition des connaissances par les élèves ?

 

·      Pourquoi ne pas confier la prévention en matière de santé aux nombreuses organisations de professionnels déjà existantes et la plupart déjà subventionnées par les fonds publics, ce qui permettrait aussi d’éviter toute intrusion dans la vie intime des élèves à des fins de normalisation par l’école – celle des marchands et des pédagogistes ?

 

En dirigeant aujourd’hui le DFJ, vous êtes les mieux placés pour organiser le sauvetage de l’École.

 

Vous avez les moyens d’empêcher que l’École Vaudoise en Mutation ne devienne tout à fait cette École en Voie d’être Malmenée, Manipulée, Marchandisée.

 

Merci de votre attention.

 

Jacques Rey

Membre du comité de l’ASPICS

 


[1] Voir notamment :

Jean-Pierre LE GOFF, La barbarie douce – La modernisation aveugle des entreprises et de l’école,
Paris, La Découvrte-Syros, 1999,

Nico HIRTT, Les nouveaux maîtres de l’école – L’enseignement sous la coupe des marchés,
Bruxelles, EPO, 1999.