Débat entre des parents et Philippe Meirieu

 

Un débat sur les missions de l'école a été organisé au début septembre 2000 par le BUROFCO (Bureau de la Formation Continue), qui est l'une des instances du Département. de la Formation et de la Jeunesse. Quatre parents, deux de l'APE et deux de l'ASPICS, étaient censés dialoguer avec le Professeur Philippe Meirieu, célèbre pédagogiste que nous critiquons. Malheureusement, il n'y a pas eu de vrai débat. Pour notre part, nous avons eu l'impression que les positions étaient immédiatement très crispées et que Monsieur Meirieu s'est contenté de quelques formules bien tournées. Même la journaliste de "24 Heures" soulignait dans son compte-rendu que l'organisation de cette soirée ne faisait pas honneur au Département. Plutôt que de nous lancer dans la tâche impossible de rendre compte de cette soirée décevante, nous nous contentons de communiquer aux lecteurs de notre journal la présentation faite par les deux représentants de l'ASPICS.

 

Voici la position de l'ASPICS concernant la mission première et fondamentale de l'école, telle qu'elle s'exprime dans sa Charte rassemblant des parents d'origines et d'opinions très différentes sur d'autres sujets.

 

Pour l'ASPICS, l'école doit garder ou retrouver pour mission première la transmission du savoir, ce legs commun à l'humanité, par-delà ses différences de toute nature. Dans ce sens, l'école doit offrir aux élèves un cadre consistant, constant et stable. De cette manière, elle offre à chaque élève une chance égale face au savoir, tout en le traitant et en l'orientant selon ses inclinations, préférences et capacités. Autrement dit, l'école n'évalue l'élève que sur des résultats quantifiables, compréhensibles et contrôlables par tous, en tout premier par l'élève lui-même. Au chapitre du cadre consistant, constant et stable, il y a les règles de vie en commun que l'école doit présenter comme non négociables, car ces règles découlent de la mission de l'école elle-même. Dans ce sens et ce sens seulement pour l'ASPICS, l'école seconde les parents dans leur tâche éducative, comme nous y oblige la Loi.

 

Or, si vous lisez attentivement la Déclaration de la Conférence Intercantonale de l'Instruction Publique de novembre 1999, vous verrez que, s'il y est dit que l'école a encore une mission d'instruction, son objectif fondamental devrait être désormais "éducatif" et que sa mission principale et première consiste à "transmettre des valeurs". Vous verrez ainsi que la seule connaissance invoquée dans ce texte est celle "des fondements culturels (y compris religieux), historiques et sociaux, permettant à l'élève de comprendre sa propre origine et celles des autres", puis "de saisir et d'apprécier les traditions et valeurs qui cohabitent dans la société".

 

Cette définition de la mission principale de l'école n'a jamais été soumise au verdict du peuple. Or elle a des conséquences essentielles et immédiates sur le Plan d'études vaudois 2000. Le plan d'études vaudois nous dit ainsi que le centre de gravité sera mis dorénavant "sur ce que l'élève doit apprendre et non sur ce que le maître doit enseigner".  Nous nous posons la question: Comment apprendre ce que l'institution n'a pas décider d'enseigner ? Tout simplement, comme le fait le Plan d'études, en reléguant en dernière place les contenus, c'est-à-dire le savoir et la culture, conçus comme de simples instruments, voire des alibis. Se trouvent en première place des "compétences", réduites la plupart du temps à l'expression, à la communication, au travail en groupe (merci pour les timides!).

 

Avant d'être des parents, nous sommes des citoyens que cette dérive inquiète. Nous voulons dire et rappeler avec d'autres, comme Monsieur Meirieu lui-même, quelques vérités:

- Il faut redonner sens aux savoirs, à leurs significations dans l'histoire des hommes. Ainsi les satisfactions culturelles apportées aux élèves rendront aux savoirs leur dignité.

- Une partie notable des conflits entre élèves et enseignants est peut-être due simplement à une défaillance dans la transmission des connaissances et au sentiment que les élèves ont alors d'être exclus des savoirs qui leur sont enseignés.

- Il est donc nécessaire d'accorder de l'importance à l'amélioration des compétences disciplinaires des maîtres.

 

Nous vous remercions de nous avoir invités à ce débat fondamental pour l'avenir de notre société et celui de nos enfants.

Catherine Coquoz et Jacques Rey, septembre 2000