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Logomachie:
Les contrats, une imposture |
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L'un des termes les
plus contestables qui méritent notre attention dans notre rubrique «Logomachie»
est celui de «contrat». Il est apparu récemment dans le domaine scolaire pour
remplacer le terme de «promotion conditionnelle». D'après le règlement
d'application de la loi scolaire, lorsque les objectifs d'un plan d'études ne
sont pas maîtrisés et que l'insuffisance est marquée mais reste sectorielle, un
élève peut être promu «sous contrat», auquel cas un «contrat pédagogique de
rattrapage» est défini. Ce terme est choquant
à plus d'un titre. D'abord, il contient un aspect mercantile, qui n'a vraiment
pas sa place dans une institution telle que l'école. Le mot est issu
directement du monde économique et on ne dira jamais assez que l'école ne doit
sous aucun prétexte se plier à des injonctions ou des modes venant de milieux
qui lui sont extérieurs. L'école est là pour former des élèves, pour les
«élever» au sens noble du terme, et elle ne peut et ne doit être soumise à aucune
chapelle, aucune armée, aucune coterie, aucun lobby. Si on y réfléchit un peu,
la prédominance à l'école de jargon qui provient des milieux économiques est
grave, car elle laisse entendre que l'école serait un lieu qui ressemble au
monde du travail, ou même le reproduit, ce qui lui enlèverait précisément sa
raison d'être profonde: la formation des élèves et la transmission du savoir. Ensuite, l'idée de
contrat est une tromperie. Pour établir un contrat quel qu'il soit (contrat de
travail, contrat de vente, etc.), il faut deux parties indépendantes qui, en
raison d'un intérêt commun, sont d'accord de se lier et de se soumettre
réciproquement à certaines règles. Par exemple, Dupont fournit une prestation à
condition que Durand paie, et réciproquement, Durand paiera à condition que
Dupont fournisse sa prestation. Chaque partenaire dépend ainsi de l'autre, dans
un rapport d'égalité en ce qui concerne le contrat. Or l'élève n'est jamais
dans un tel rapport avec l'institution scolaire. Faire croire à la
possibilité d'un contrat, c'est faire croire à un rapport égalitaire entre
l'école et l'élève et c'est donc duper ce dernier. L'élève doit fournir un
certain travail, non pas pour être «payé» en retour par l'école, mais parce que
l'école l'exige. Cette exigence, d'ailleurs nécessaire à la formation, est le
signe patent de l'inégalité du rapport. De plus, l'intérêt commun,
caractéristique d'un vrai contrat, est inexistant en cas de promotion
conditionnelle. L'élève a intérêt à fournir un effort pour être promu mais, en
retour, l'école n'a aucun intérêt contractuel qui est en jeu: si l'élève
échoue, l'école ne perd rien. L'école détient, par
la force des choses, de l'autorité sur l'élève. Cette autorité est même
nécessaire au bon développement de l'élève: c'est elle qui lui permet de
trouver ses points de repère. Vouloir la nier en faisant croire à un contrat,
c'est mettre l'élève dans la position désagréable du partenaire grugé. Dans la pratique,
nous apprenons maintenant que les «contrats», testés dans les établissements
exploratoires, ne fonctionnent pas. Dans un collège, on ne les utilise tout
simplement pas, afin d'éviter tout problème. Dans un autre, on met «sous
contrat» un bon élève parce qu'il est médiocre en gymnastique. Dans un
troisième, le directeur découvre avec surprise qu'il y a davantage d'élèves
«sous contrat» qu'il n'y avait d'échecs auparavant. De surcroît, il ne sait que
faire des élèves qui n'ont pas rempli les conditions de leur «contrat» et il
hésite à les faire retourner au degré précédent. La peur et le refus de l'échec
paralysent maintenant l'école elle-même. Comme dernier effet pervers de cette
idée de «contrat», certains parents, induits en erreur par le terme, se sentent
autorisés à réclamer comme un dû la promotion de leur enfant. Finalement, les
«contrats» sont une triple imposture: l'imposture du mot, choquant car n'ayant
pas sa place à l'école, l'imposture du sens, trompeur pour l'élève, et
l'imposture des faits, qui montrent comment la notion de promotion est
dénaturée. De la logomachie à la triste réalité, le pas a été vite franchi. Jacques Thévenaz, novembre 2000 |
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