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Logomachie Objectifs ? Objectifs-noyaux ! |
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L'un des
termes favoris de certains «théoriciens» de la pédagogie est celui
d'«objectifs-noyaux». On le trouve par exemple dans le texte «Vers un plan
d'études cadre pour la Suisse Romande», qui sert de base au plan d'études
vaudois, mais il semble trouver son origine chez Philippe Meirieu, l'un des
plus connus de ces «théoriciens» (plus connus sous le terme de pédagogistes).
Ils ont inventé ce terme pour désigner tout simplement un objectif prioritaire.
En faisant croire qu'un terme nouveau va donner un sens profond à leur pensée,
se rendent-ils compte qu'ils sont tout simplement prétentieux? C'est un exemple
typique de verbiage inutile et creux. De plus, comme
toujours avec les néologismes prétentieux, il devient vite de bon ton de les
employer et, la mode étant bien lancée, on peut être sûr que la horde des
moutons sévissant dans les milieux de la pédagogie va s'en servir à tour de
bras, et surtout de plume. Tout ceci ne mériterait qu'un haussement d'épaules
si l'idée sous-jacente de pédagogie par objectifs n'en était pas venue à jouer
un rôle extrêmement important, et malheureusement néfaste, dans l'école de nos
enfants. Déterminer des
objectifs dans l'enseignement, quoi de plus naturel: par exemple apprendre à lire,
à écrire, à compter. Mais vouloir tout réduire à une réalisation d'objectifs
est une idée fâcheuse car le savoir est quelque chose de beaucoup trop complexe
pour être réduit à une série d'objectifs. Nos enfants ont besoin d'être formés,
d'être élevés au sens premier du terme: l'élévation. L'instruction ne se réduit
pas à l'acquisition de compétences fixées par objectifs. C'est une vision
technocratique qui ne devrait pas avoir sa place à l'école. Les
pédagogistes ont inventé la pédagogie par objectifs en croyant, peut-être
sincèrement, qu'on pourrait ainsi mieux maîtriser les matières. Mais c'est une
illusion de maîtrise, qui dénote une naïveté préoccupante: celle de croire que
nos enfants seront formés par adjonction successive d'objectifs acquis. L'acquisition
de connaissances, le savoir, la formation de l'esprit dépendent de tellement de
facteurs individuels, psychologiques, sociaux, que la croyance en la maîtrise
de ces facteurs relève de l'imposture. De grâce, n'oubliez pas que nos enfants
sont des êtres humains, et ne faites pas croire qu'ils vont devenir de parfaits
petits êtres bien formatés, qui ont sagement acquis les objectifs que les
gentils organisateurs de la pédagogie ont prévus pour eux. En pratique,
cette tendance débouche sur une demande de saucissonnage de l'enseignement en
objectifs séparés, dénoncée par de nombreux enseignants. Le département demande
à ces derniers de revoir leurs programmes selon le seul dogme de l'«objectif»,
sans se préoccuper du caractère artificiel de la démarche et du risque majeur
que l'enseignement lui-même devienne artificiel, sans âme, réduit à son aspect
technique. De l'obsession logomachique des «objectifs-noyaux», on a passé
allègrement à l'idée fixe des objectifs à atteindre, comme si l'école était une
entreprise administrée par des technocrates. Jacques
Thévenaz, juin 2001 |
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