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"Maman, j'ai
encore un exposé!" |
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Cette
exclamation d'élève devient courante à la maison. En effet, l'exposé est l'un
des moyens utilisé très souvent dans toutes les branches pour appliquer les
nouvelles méthodes d'enseignement. Celles-ci sont fondées sur la méthode
inductive, appelée aussi pédagogie de la découverte, selon laquelle l'enfant
découvre lui-même la matière à apprendre. Il
est incontestable que la préparation d'un exposé a plusieurs aspects positifs
et formateurs; entre autres la recherche de documentation, d'illustrations,
l'exercice écrit et parlé de la langue, la mise en forme d'un texte. Mais c'est
le recours généralisé aux exposés dans toutes les branches que nous mettons en
cause, car, vu du côté des parents, cela présente de nombreux défauts.
Détaillons-en plusieurs avec des exemples authentiques qui pourraient être
multipliés. Un
inconvénient réside dans le choix des sujets. Comme les programmes pour les
maîtres sont vagues, pour ne pas dire absents, les thèmes des exposés sont pris
dans les gros titres des journaux, comme les troubles au Moyen-Orient ou
l'affaire Lagonico; ou bien ils n'ont rien à voir avec la branche quand par
exemple l'ASPICS (eh oui) est étudiée en histoire; ou bien certains sujets
reviennent plusieurs années de suite, comme les catastrophes naturelles en
géographie en 7ème, puis en 8ème et encore au gymnase, alors que les élèves ne
situent même pas les pays sur une carte. L'élève
doit trouver de la documentation extérieure à l'école; cela crée de grosses
différences entre celui qui dispose à domicile d'une bibliothèque familiale,
d'Internet, et celui qui n'a pas ces moyens à la maison. Cela va donc à
l'encontre du principe démocratique prôné par EVM. Souvent
la documentation trouvée n'est pas adaptée au langage et aux connaissances de
l'enfant: un élève de 5ème année devant faire un exposé sur un peintre est
confronté à des textes de critiques artistiques; il n'est pas en mesure de
comprendre des textes écrits pour des adultes. Comment
se débrouillent les enfants devant des textes trop compliqués pour eux?
Certains se contentent de faire du copier-coller à l'ordinateur; ils ne font
donc que répéter des phrases incomprises. D'autres essaient de se débrouiller
comme ils peuvent; mais alors, ils risquent de s'arrêter dès que se présentent
les premières difficultés. Pour présenter les Croisades en 6ème année, l'enfant
se trouve devant une quantité de dates, d'événements et de noms inconnus, dont
il est totalement incapable de juger lesquels sont importants. Il fait de
mauvais choix, d'où résulte un travail imprécis, incomplet voire faux sur
certains points. Parfois, les parents viennent à l'aide, lorsqu'ils voient par
exemple leur enfant chargé en 9ème année de faire un exposé sur le conflit au
Moyen Orient, alors qu'il n'a aucune idée ni de la géographie des lieux, ni de
la situation historique, ni des implications religieuses et politiques. Devant
cette montagne de difficultés, certains parents s'investissent beaucoup pour
que leur enfant parvienne à présenter un travail bien construit, cohérent,
contenant les éléments importants. Mais ce n'est pas le rôle des parents de
faire l'école à la maison… Qu'en
retirent les camarades de classe? Cela dépend. Les maîtres démunis imaginent
diverses formules pour compenser les défauts inhérents à ces modes
pédagogiques. Tantôt, c'est un contrôle après écoute des exposés. Là, c'est peu
efficace car on sait que l'on ne retient que peu de choses d'un texte qui a été
entendu seulement. Tantôt, les élèves apprennent les exposés de tous les autres.
C'est déjà mieux; mais le défaut majeur réside dans le fait que les élèves
étudient à partir d'une photocopie du texte des exposés, qui, n'ayant pas été
corrigés, manquent de structure, ne dégagent pas l'essentiel, contiennent
peut-être des erreurs et sont de plus truffés de fautes d'orthographe,
d'erreurs de construction. Les élèves apprennent donc sur un mauvais modèle.
Tantôt, c'est l'élève lui-même qui doit préparer les questions à poser à ses
camarades; de cette sorte, rares seront les questions à développer, les
questions de raisonnement qui, elles, permettraient de développer un peu les
facultés des enfants. L'élève
qui présente à la classe une nouvelle matière, comme par exemple un sujet
complet de physique au gymnase, joue en fait le rôle du maître, sans en avoir
ni la formation, ni l'expérience, qui seules permettent d'insister sur les
points difficiles ou délicats. Il ne suffit en effet pas de
"convaincre" les élèves comme le demande le plan d'études, mais il
s'agit bien plutôt de leur faire comprendre des notions nouvelles, afin qu'ils
soient capables de les utiliser plus tard. Enfin,
l'élève qui obtient une note insuffisante se trouve désemparé: il ne se sent
pas récompensé pour tout le temps qu'il a consacré et la peine qu'il s'est
donnée; il perd dès lors la motivation de fournir un effort pour l'exposé
suivant. En outre, comme le maître n'a matériellement pas le temps de corriger
tous les exposés, l'élève ne sait que faire pour s'améliorer. Cette
nouvelle manière d'enseigner a des résultats déjà très visibles en histoire,
branche qui a été rapidement transformée. Les enfants répondent à des
questionnaires à livre ouvert, présentent des exposés et réalisent des
panneaux. De cette manière, la vision d'une période historique se présente aux
élèves comme un patchwork. Pour structurer tout cela, il faut que le maître
transmette ses connaissances sous forme d'un panorama général, de sorte que le
"zoom" des exposés s'inscrive dans un cadre cohérent. Cela
montre les limites d'un enseignement trop axé sur les exposés. Il faudrait
équilibrer par une autre approche, en recourant aux capacités des maîtres, et
en fournissant des manuels scolaires qui puissent servir de référence à tous. Jacqueline
Lugrin, juin 2001 |
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