Le partenariat école-famille: la position de l'ASPICS

Le terme de «partenariat» est emprunté au monde économique. Or l'école n'est pas une entreprise, mais une institution publique. L'école n'a donc pas à se soumettre aux pratiques en vigueur dans le monde économique afin de se rapprocher du modèle de l'entreprise. Elle n'est pas, et ne doit pas devenir négociable. Elle ne doit pas non plus devenir un instrument de contrôle social. Une modification de son rôle et des finalités qui lui sont assignées par la loi ne peut pas être décidée en vase clos et en haut lieu: elle doit faire l'objet d'un débat démocratique au sein de la société civile. Un tel débat n'a pas encore eu lieu à ce jour en ce qui concerne les «Finalités et objectifs éducatifs de l'école publique», tels qu'ils sont définis par la Conférence intercantonale de l'Instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP). La Déclaration de la CIIP introduit pourtant des changements majeurs dans le cadre de lcole, notamment par le biais de «l'éducation sociale et promotion de la santé» (cf. «Concept-cadre pour une éducation-prévention en Suisse romande»).

 

Le partenariat tel qu'il nous est proposé par la CIIP, le DFJ ou l'ODES

Les instances dirigeantes de lcole veulent aujourd'hui impliquer davantage les parents dans la vie de l'école et dans l'instruction des élèves, en les associant à toutes sortes de choix et de décisions concernant leur enfant ou l'école dans son ensemble Inversement, les enseignants sont invités à intervenir toujours davantage dans la sphère privée des élèves par le biais de l'éducation sociale et de la prévention en matière de santé. Un conception aussi floue du «partenariat» confond les rôles et dilue les responsabilités de chacun. L'enseignant est certes moins seul face aux décisions à prendre, mais il est en même temps dépossédé de sa responsabilité pédagogique, qui est à nos yeux le fondement même de son travail. De leur côté, les parents peuvent considérer que leurs prérogatives en matière éducative ne sont plus respectées, ou qu'ils ont un droit de regard systématique sur les décisions prises par le maître. De notre point de vue, une telle évolution n'est guère favorable à un climat de confiance et à de bonnes relations entre les enseignants et les parents.

 

Le dialogue entre parents et enseignants

Au terme de «partenariat», nous préférons celui de «dialogue» entre parents et enseignants. Le dialogue ne présuppose pas que les décisions soient prises en commun et ne se fonde pas sur un consensus préalable. Il exige que les rôles et les responsabilités de chacun soient clairement définis, que chacun parle du point de vue qui est le sien, et que l'on se respecte mutuellement (cf. D. Jaccottet, «Culture d'influence ou culture paritaire?», Bulletin de la SVMS No 3, juin 2000).

Nous considérons que notre responsabilité de parents à l'égard de l'école consiste à éduquer nos enfants de façon à ce qu'ils se comportent correctement et qu'ils effectuent leur travail scolaire avec soin et régularité. Nous attendons des enseignants qu'il se consacrent à leur mission première: la transmission du savoir, qui comporte toujours en elle-même une dimension éducative. Des contacts entre enseignants et parents  sont évidemment possibles et même nécessaires lorsque le besoin s'en fait sentir. Ils ont du reste toujours existé. Nous pensons qu'il faut en laisser l'initiative aux personnes concernées. Nous sommes opposés à ce que la fréquence et les modalités de ces échanges soient fixées de manière bureaucratique et uniforme.

Si des parents n'assument pas les responsabilités qui sont les leurs ou si leurs enfants se comportent mal, il existe déjà des moyens de les rappeler à leur devoir.  L'école ne peut pas se charger de tous les problèmes que la société ne parvient pas à affronter. Elle ne doit pas davantage les masquer par des pratiques hypocrites:  L'école ne doit pas devenir le «Big Brother» décrit par Orwell, fût-ce sous la charmante appellation de «lieu de vie et de santé».

 

Nos enfants, les élèves

Selon nous, les élèves ne peuvent pas être considérés comme des partenaires de lcole au même titre que les enseignants ou les parents. Le partenariat suppose un rapport égalitaire entre les différentes parties. Faire croire aux élèves qu'ils ont le même statut que les adultes revient à nier le rapport d'autorité qui existe de fait entre parents et enfants ou entre maître et élève. Il ne s'agit évidemment pas d'en revenir à l'autoritarisme du paterfamilias ou du maître tout-puissant. Simplement, nos responsabilités d'adultes ne sont pas les mêmes que celles des jeunes. Leur demander sans cesse de cautionner nos décisions et nos choix éducatifs ou pédagogiques ne peut qu'aggraver la perte de repères que nous déplorons dans notre société. Nous sommes favorables à une affirmation claire de nos responsabilités et de nos attentes. Une telle attitude n'est nullement incompatible avec le dialogue. Au contraire, elle en est la base.

 

Novembre 2000