Initiative sur les notes

L'initiative intitulée «Des notes pour une école transparente», lancée par le parti libéral vaudois, a abouti et a été déposée avec plus de 20 000 signatures. Ce nombre montre que les parents, une partie non négligeable des enseignants ainsi que le peuple vaudois tiennent à une école de qualité, transparente et compréhensible dans son évaluation des élèves. Notre association ayant, dès son origine, défendu l'évaluation quantifiée des résultats (principe IV de la Charte de l'ASPICS) et demandé le rétablissement des notes, nous ne pouvons que nous réjouir de ce premier pas.

Mais ne crions pas victoire trop rapidement, car il ne s'agit  que du dépôt ; comme au rugby, nous devons encore transformer l'essai en but. Cette transformation n'ira pas de soi, le DFJ, sous la pression des événements, a déjà fourbi ses armes et dévoilé une partie de sa stratégie. Pour contrer l'initiative et après avoir affirmé à plusieurs reprises que la notation quantifiée était en opposition avec l'esprit (!) d'EVM, le DFJ propose, le retour aux notes à partir de la 7e année ; ce retournement (ô girouette ! dis-moi d'où vient le vent?) est habile, mais totalement insuffisant.

Rappelons que l'initiative demande, d'une part, que les notes soient réintroduites dès le second cycle primaire (3e P) et que les conditions de promotion soient également basées sur les notes obtenues, d'autre part ; la proposition du DJF est, comme l'ont bien vu les initiants, loin de satisfaire aux exigences.

Nous espérons que les initiants sauront rester sourds au chant des sirènes, qu'ils maintiendront leur initiative et qu'elle sera  soumise au peuple. Nous soutenons l'initiative populaire, mais ne sommes ni des naïfs, ni des sectateurs du chiffre ; la réintroduction des notes n'est pas la panacée d'une école malade, elles ne sont qu'un élément des changements à apporter parmi bien d'autres pour que l'école retrouve sa mission première : l'instruction.

Comme l'ont relevé de nombreux travaux de docimologie 1, la note a ses défauts : elle n'est pas fidèle (elle varie selon les correcteurs et dans le temps pour un même correcteur) et elle n'a pas la même signification selon les usages (promotion, orientation, certification de fin d'études, etc.), toutefois, les autres systèmes plus qualitatifs présentent les mêmes défauts : un même travail peut être jugé insatisfaisant, satisfaisant ou très satisfaisant selon les évaluateurs et il en est de même pour les qualificatifs en voie d'acquisition, acquis, largement acquis. La note a l'avantage d'être claire, de permettre des comparaisons entre élèves (ce que l'esprit d'EVM veut rendre impossible, pourquoi ?), et  l'établissement de moyennes, reflet,  lorsque le nombre de notes est suffisant, des performances de l'année.

Aux critiques souvent formulées qu'une seule mauvaise note peut parfois difficilement être rattrapée et que par conséquent la moyenne ne traduirait pas le niveau véritable de l'élève ou qu'une moyenne de notes en dents de scie n'a pas la même signification qu'une moyenne sur une série croissante ou décroissante, il faut répondre qu'il s'agit plutôt d'une question d'usage intelligent de la note. Rien n'interdit à un enseigant d'éliminer une note qui lui paraîtrait aberrante. Quant à la moyenne, les abus ridicules de son calcul au centième peuvent être évités, le demi-point est suffisant.

La note a ses défauts, mais comme l'a fait remarquer P. Gilliéron dans son étude  sur l'«Évaluation informative» 2 commandée par l'URSP (Unité de Recherche en Système de Pilotage [sic !]) : «...admettre que la quantification des résultats "n'est pas la voie royale pour connaître le réel" [...] ne dit encore rien sur la nature de ce qui pourrait remplacer ou compléter les procédures d'évaluation traditionnelles (les notes et les moyennes). On semble aujourd'hui bien démuni, sans solution consensuelle satisfaisante.» [2001, p. 23] .

On ne peut mieux dire ! L'ASPICS, les initiants et les citoyens qui voteront OUI à l'initiative ont une attitude constructive : ils ne veulent pas d'une école démunie.

 

S. Berthoud, mai 2001

 

1 Piéron (Henri). - Examens et docimologie. - Paris : PUF, 1963.

2 Gilliéron (Patricia). - Évaluation informative. - [Lausanne] : URSP, 2001.